RED BULL et pratique sécuritaire du tir à la cible
Pour apporter de l'eau à la roue du débat ouvert sur le RED BULL et autres boissons énergisantes.
Instructeur d'armes à feu depuis de nombreuses années, en classe théorique et sur le stand de tir je suis toujours secondé par un officier de sécurité. Notre principal objectif est la sécurité de tous, ... surtout la nôtre !
Les lignes suivantes sont le résultat d'observation non scientifique selon 3 critères sur les classes que nous donnons : concentration/contrôle, attention et réussite.
Les cours d'initiation au pistolet semi-automatique (première étape à l'autorisation de port d'armes dans le cadre du travail) se déroule sur 8 heures (4 heures de théorie en classe et 4 heures de pratique au stand de tir). De nombreux élèves travaillent déjà en sécurité et se présentent en cours après leur quart de travail de nuit ou de soir.
En résumé la moitié des participants se présente en cours déjà fatigué.
Recette magique pour tenir le coup : 1 Red Rull avant d'arriver et un second à la pause de 10 heures ou à midi. Le résultat est loin d'être magique.
L'attention
Pendant la partie théorique nous remarquons une différence dans la classe. Les gars sont sautillants, regard fixe et bourrés de tics, quand ont leur demande de répéter les règles de sécurité, ... ça patine. Quand la vague est passée on les retrouve très apathiques (zombie).
N'oubliez pas que nous utilisons les 4 heures de théorie pour enseigner, mais aussi pour détecter les individus potentiellement dangereux pour eux mêmes et pour les autres, nous devons les exclure avant qu'ils se retrouvent avec une arme à feu chargée. Nous sommes attentifs, croyez-moi, même si l'officier de sécurité à l'air de s'ennuyer sérieusement pendant ces 4 heures de théorie, il observe et il profile.
La concentration et le contrôle.
Sur le pas de tir outre la sécurité, il faut penser aux fondamentaux et coordonner muscles et cerveau : position du corps, prise en main de l'arme, alignement des éléments de visée et contrôle de la détente sans dérégler l'image de visée.
Les élèves apprennent à tirer à partir de l'arme à l'étui ce qui demande de la concentration, de la coordination et du contrôle.
Voici l'enchaînement classique :
Départ les deux mains sur la boucle du ceinturon
Position du corps (weaver, isocèle ou isocèle modifié)
Prise en main de l'arme
Désengagement du système de retenue
Dégainage et orientation de l'arme en direction de la cible
Prise de l'arme à deux mains
Arme au niveau des yeux
Acquisition de la cible et alignement des éléments de visée
Contrôle de la détente pour faire feu
Feu et cinématique inverse pour retourner l'arme à l'étui
Suivi des impacts pour corriger la prochaine salve
(je vous fait grâce des autres actions : comptage des coups, rechargement, déchargement, résolution des incidents de tir, retour de l'arme en situation sécuritaire, etc)
Toute cette séquence de gestes est répétitive et nous prodiguons conseils et encouragements pour améliorer la performance des élèves. À cette étape de la formation les consommateurs de boissons énergisantes ont plus de mal à coordonner leurs gestes et à corriger les micro-mouvements qui perturbent la précision des tirs.
Là dessus vous ajoutez le stress normal lié à la manipulation d'une arme à feu, le manque de sommeil, les substances bizarres dans l'organisme et vous arrivez au coefficient de réussite.
La réussite
C'est facile, c'est objectif, c'est la quantité de trous dans le papier ! Pas de tricherie, pas de négociation, mêmes armes, mêmes cibles, mêmes conditions d'examen pour toute la classe.
Les consommateurs de boissons énergisantes ont une moyenne et un taux de réussite plus faible que les non-consommateurs. C'est vérifiable car nous conservons une fiche de suivi pour chaque élève ou nous consignons toutes ces informations.
Les conditions de formation sont aussi moins agréables pour les instructeurs car nous perdons plus de temps à accompagner les psychomoteurs qu'à améliorer les performances générales de la classe. Nous ne sommes pas là pour sanctionner, mais pour favoriser la réussite de chaque élève.
Facteurs aggravants
Nous avons aussi remarqué que la combinaison de boissons énergisantes et d'autres boissons du genre Sprite, Coke, Powerade, Gatorade, etc entraîne des résultats catastrophiques pendant les classes : sugar rushes avec phase d'excitation suivi par de l'apathie hermétique à toutes les pédagogies.
En conclusion
Nous avons modifié certaines règles pédagogiques. Tous les élèves sont motivés et veulent réussir il est donc facile de leur faire adopter nos recettes à l'ancienne.
À la signature du contrat de formation dans les jours précédents la classe nous conseillons aux élèves de ne pas prendre de boissons énergisantes et nous utilisons des recettes de grand-mères !
- il y a toujours une bonbonne de 20 litres d'eau dans la classe et nous faisons boire les élèves, nous leur conseillons aussi de grignoter des barres de céréales
- nous sortons à l'extérieur pendant les pauses (été comme hiver) pour s'oxygéner et marcher pendant que l'instructeur prodigue des conseils.
- on chahute les plus apathiques pour leur donner un coup de boost
Les résultats ? Biens meilleurs !
Des classes plus attentives et des résultats plus homogènes, nous avons plus de temps pour les plus faibles et aussi pour les meilleurs. Plus d'élèves avec 100% d'efficacité en tir, beaucoup moins de résultats éliminatoires, une moyenne de classe plus élevée et le nuage d'élève est moins dispersé sur l'échelle des 100%.
Nous en déduisons que notre méthode fonctionne pour compenser la fatigue des élèves qui arrivent après une nuit de travail.
Au sujet de l'auteur : N'allez pas penser que je suis un adepte brocoli, carotte et eau distillée, tous les élèves peuvent en témoigner il y a toujours du Jack Daniel dans mon tiroir. Quand il faut célébrer la réussite à la fin de la classe j'ai une excellente coordination verre, coude, bouteille suivant une cinématique répétitive !
Jean-Christophe Boitard






